L’ode aux cultures noires : la Nooru box de Virginie Ehonian

Proposée depuis 2016, la Nooru box est un énorme coup de cœur depuis mon retour en France cette année.

Le concept : proposer tous les deux mois dans une box une sélection fine d’objets culturels relatifs aux cultures noires. Livre d’art, roman, contremarque pour des expositions, CD, cartes postales, etc.  L’occasion de découvrir à son rythme les productions diverses et multiples des cultures africaines et afro-descendantes !

Un très beau projet qui m’a naturellement amenée à choisir Virginie Ehonian, la lumineuse instigatrice de cette idée, pour une rencontre entre entrepreneures. 

C’est dans un café-bar feutré du quartier de l’Opéra que j’ai retrouvé trois entrepreneures, Daly, Hope et Malika, autour de Virginie Ehonian afin de découvrir son riche parcours. L’occasion également de procéder à une réflexion sur l’effervescence autour de la création africaine.

 

—Raconte-nous la genèse de ton projet

J’organisais pas mal de jeux concours sur African Lnks (blog entretenu par Virgnie depuis 2011 – ndlr). Celui qui a le mieux fonctionné portait sur l’exposition Beauté Congo 1926-2005 Congo Kitoko, qui en 2015 avait suscité beaucoup d’intérêt. Cette exposition, proposée par la Fondation Cartier, a fait prendre conscience à une plus large audience qu’il y existe des artistes sur le continent africain et plus particulièrement au Congo… Ça a été un vrai tournant ! A ce moment-là, il se trouve que c’était aussi l’explosion des boxs découverte en tout genre (beauté, cuisine, voyage, pour animaux domestiques, etc.). Je me suis dit : pourquoi ne pas proposer une box culturelle ? J’ai fait quelques recherches, il existait déjà des boxs de ce type mais plus généralistes. L’expérience des jeux concours m’a alors amenée à penser un coffret culturel sur cette niche… J’ai décidé de me lancer en 2015, bien que j’ai pensé le projet un an plus tôt.

 

—Est-ce que tu t’es lancée toute seule ?

Il y a deux ans, j’ai intégré la BGE Adil qui propose un suivi pour les porteurs de projets: d’ateliers en formations, je me suis posé les premières questions. Pour mon graphisme et la création de mon site internet, j’ai fait appel à des free-lances.
Aujourd’hui, je suis toute seule à prendre des décisions en matière de produits à promouvoir et de collaboration. Cependant, je suis entourée de ma famille et amis entrepreneurs qui savent me conseiller. Les salons et autres événements ont été de bonnes solutions pour se sentir moins seule et trouver de premières réponses. 

 

—Peux-tu nous expliquer le logo et le nom de la box ?

« Nooru » signifie lumière en Swahili. Dans le cadre de mon second Master (Master Coopération Internationale Afrique Moyen-Orient, Paris 1 Sorbonne) j’ai pris des cours de Swahili à l’Inalco – le choix d’une langue africaine étant obligatoire.  J’ai fait répéter « Nooru » à mon entourage qui n’éprouvait aucune difficulté à le prononcer alors mon choix a été fait! Pour le logo, c’est un symbole Akan (population d’Afrique de l’Ouest installée principalement au Ghana et en Côte d’Ivoire – ndlr) qui symbolise la prospérité, l’abondance, le commerce qui rapproche les peuples. Le lien entre ce nom Swahili et ce symbole Akan repose sur une forte identité et surtout cette volonté de tisser des ponts entre les cultures.

 

—Est-ce que tu avais une activité parallèle lorsque tu as lancé la Nooru box ?

J’ai toujours eu des petits boulots, notamment des petites vacations dans des musées. A un moment donné j’ai ressenti le besoin d’y aller à fond et de me concentrer sur la Nooru Box de peur de m’éparpiller. Entreprendre, finalement, c’est faire des choix. Les premiers pour moi ont concerné la sélection de mes activités, comme continuer à écrire pour le blog par exemple. Je me suis demandée ce que j’étais capable de faire en temps et en heure pour être professionnel. C’est là où commence la rigueur, je pense. 

 

—Qu’est-ce qui t’a rendue sûre d’avoir le bon projet, qu’il était assez mature ?

Au départ, je partais sur des idées plus éco-responsables et en étroite collaboration avec les institutions…  Le tout est de savoir faire des choix et commencer par un point de départ à portée de main, sans tout vouloir rapidement. Ecouter les premiers avis est très enrichissant. Finalement, mon projet est en constante évolution. Aujourd’hui je suis arrivée à le concrétiser avec un business model qui évolue aussi. Je réfléchie actuellement à de nouveaux formats de packaging par exemple.

 

—Concernant ton blog, est-ce que tu te sens débordée avec les publications et la communication ?

En 2011, je pensais le blog comme une base de départ à un projet de plateforme commerciale artistique sur laquelle les jeunes artistes issus du continent africain y vendraient leurs œuvres. D’articles en articles, African links est devenu mon laboratoire d’écriture. Puis, je me suis rendue compte qu’on me lisait ! Alors j’ai lancé ma page Facebook et mon compte Twitter. Mon organisation a changé depuis… Aujourd’hui, les informations viennent à moi, et le blog m’a permis d’écrire pour d’autres sites web ou magazines papier.  

 

—2017 semble être l’année de l’Afrique dans le milieu de l’art, de la mode, de la création en générale, qu’en penses-tu ?

En effet, et c’est très intéressant de constater cet intérêt! Cependant, reste à savoir si le regard sur les artistes africains issus du continent et leurs œuvres change. En dehors de ces expositions, comment exposer les productions d’artistes béninois et danois ensemble pour un message universel?

 

—Tu penses que mettre les artistes africains sur le devant de la scène n’est qu’une tendance ?

Je ne pense pas que ce soit qu’une mode. Aujourd’hui, il y a toute une jeunesse originaire des pays africains qui, vivant en Europe, aux Etat-Unis, se questionne et s’applique à faire changer les regards sur l’Afrique à l’aide des réseaux sociaux.  Les soutiens politiques et institutionnels de la part des autorités africaines doivent se faire sentir et encourager ces initiatives.

 

—Revenons à ton parcours d’entrepreneuse. Le financement est généralement le nerf de la guerre pour de jeunes entrepreneurs. Quelle est ton expérience ?

Ma famille me soutient et j’ai toujours eu des petits boulots en parallèle avant de lancer la Nooru Box.  Au début, je me suis sentie obligé de dépenser, car je voulais le meilleur pour mon projet.  J’ai appris ensuite à rentrer dans mes frais, à hiérarchiser mes dépenses, à comparer les devis des fournisseurs et surtout à dire non lorsque cela ne me convenait pas.

 

—Pour diversifier ton offre ou augmenter la production de boxs, as-tu pensé à des plateformes de crowdfunding ?

Je pense à l’option du crowdfunding peut-être pour un projet précis comme par exemple la sortie d’un livre, ou d’un événement inédit.

 

—Est-ce que tu peux nous donner l’exemple d’une rencontre qui t’a boostée ?

Il y en a tellement eues :  du postier qui me booste pour envoyer mes colis au meilleur tarif au partenaire qui expose toutes les facilités de collaboration, en passant par une inconnue avec qui la discussion débute par hasard… C’est vraiment un ensemble de rencontres au quotidien. Le moindre compliment, la moindre remarque positive m’encourage. Je me souviens d’un monsieur qui un matin dans un café, m’a demandé ce que je pensais de la Nooru Box (il avait vu mon totebag Nooru Box). J’ai pris le temps de discuter avec lui et il a commandé une box.

 

—Et que fais-tu quand tu doutes ?

Attention! Je ne suis pas une fille bizarre (haha) ! Quand je doute, il y a une rue dans mon quartier que j’emprunte. Cela me prend entre 10 et 15 minutes pour la parcourir; j’y fais le point, le vide. A la fin, je dois avoir des solutions à mes petits tracas.
Au moment du lancement, en mai 2016 beaucoup de choses ne se présentaient pas comme je l’avais prévu, comme la mise en ligne du site internet. J’ai commencé à prendre cette rue puis à fermer les yeux en marchant, sans me mettre en danger bien sûr. Si je ne peux pas compter sur moi-même pour marcher droit les yeux fermés, sur qui vais-je devoir compter? Dans l’entrepreneuriat, la confiance en soi est primordiale.

 

—Ta vision pour ton développement ?

A long terme pourquoi pas avoir mon propre un lieu culturel. A court terme, il s’agirait de travailler davantage  l’exclusivité par rapport au contenu lui-même, avec par exemple des livres d’arts qu’on ne trouve pas partout; puis par rapport à l’objet de la Nooru Box.

 

—Qui achète la Nooru Box aujourd’hui ?

Ce sont principalement des femmes entre 25 et 45 ans; et si ce sont des hommes, c’est pour offrir à des femmes…

 

—Quelles sont tes inspirations pour remplir une Nooru box ?

Dans un premier temps ma bibliothèque personnelle guide mes choix. Puis il y a aussi mes rencontres, comme le rappeur Moulaye que j’ai rencontré à Londres pendant une Foire d’art et dont le dernier album est dans la sélection de la Nooru Box #6, ou encore l’actualité culturelle.

 

—Proposes-tu des accessoires ? Foulards par exemple ?

Si je devais proposer des accessoires, ce serait plus le fruit d’une collaboration avec des designers et/ou créateurs, des supports avec le logo de la Nooru Box: bijoux, tasses, totebags… Afin d’enrichir les contenus de la Nooru Box. Je ne veux pas m’éparpiller: les articles culturels restent une priorité.

 

—As-tu rencontré des trolls (personnes qui font des commentaires non productifs, souvent pour nuire) ?

Oui, très souvent d’ailleurs. Je les appelle les « suceurs de chance » pour le coup ! Ils essaient de se nourrir de ton possible découragement… Il faut apprendre à se protéger en se focalisant sur son projet afin de ne pas se laisser atteindre par ces discours peu constructifs. Et surtout avoir assez de recul pour ne pas prendre ces attitudes et réactions  personnellement.

 

—As-tu déjà ressenti une difficulté à entreprendre en tant que femme ?

Davantage par rapport à mon blog African Links. Il y a toujours cette étiquette de « petite blogueuse » prête à tout que des gens malveillants nous collent. Ça peut se manifester par de bien étranges attitudes et réactions lors d’interviews ou événements… Pour la Nooru Box, c’est une bataille avec les fournisseurs, les partenaires pour se faire respecter en tant qu’entrepreneure et justifier sans cesse une certaine crédibilité. Être une femme noire entrepreneure… Cela est un autre chapitre!

 

—Tes conseils les plus précieux pour les entrepreneures ?

Mon meilleur conseil serait de lire « Comment se faire des amis » de Dale Carnegie. Quand on me l’a conseillé, je me suis dis :  » Euh, je me sens plutôt bien entourée pourtant… » Une meilleure traduction du titre original « How to Make Good Friends » serait « Comment se faire de bons amis » et là ça me parlait plus. C’est une vraie mine d’or pour savoir comment s’entourer et gérer les relations professionnelles.

Ensuite, je pense qu’il est nécessaire de s’imposer une routine, une rigueur, voire une discipline pour structurer ses journées et son quotidien. Se forcer à écrire, une pensée positive, des actions de reconnaissance : on se sent tellement mieux après. Puis parmi une multitude d’autres choses, trouver le bon compagnon. Quand tu es avec une personne qui ne t’encourage pas dans tes projets et t’empêche d’être la meilleure version de toi-même, cela est problématique. Bien évidemment, je pense que c’est très important de se protéger des connaissances, des soi-disant amis voire des proches qui ne vous encouragent pas forcément vers la réussite.

Enfin, si vous ne sentez pas quelque chose, n’y allez surtout pas! Suivez toujours votre instinct, en général il a une longueur d’avance sur vos pensées !

Encore un grand merci à Virginie Ehonian pour ses réponses franches ainsi que Daly, Malika et Hope pour leur participation à cette rencontre riche en enseignements !

 

Infos utiles

Site web : www.noorubox.com

Facebook : @noorubox

Instagram : @nooru_box

 

 

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