Ikhaya Mossy : quand création rime avec bonnes actions

Parlons enfin bijoux et accessoires ! Si l’offre ne manque pas, mon regard s’est porté sur  Ikhaya Mossy pour le projet  créatif et solidaire qui constitue cette jeune marque de produits perlés !

Née il y a moins d’un an, Ikhaya Mossy n’arrête pas de surprendre pour son succès fulgurant et ses jolies pièces plébiscitées par les influences de la sphère afro.

Crédit photo : Ikhaya Mossy

Mariam, sœur de la fondatrice et responsable marketing et communication de la marque, nous présente le projet social derrière la vision créatrice.

 

Inside African closet : Pour commencer, présente-moi la génèse d’Ikhaya Mossy 

Mariam d’Ikhaya Mossy : Ma petite sœur Aminata est partie en 2013 en Afrique du Sud durant son année de césure, voyage qu’elle a adoré et au cours duquel elle a découvert Ikhaya Elite, une association d’artistes en situation d’handicap qui fabriquaient des bijoux et des accessoires. Suite à cela, elle est rentrée en France pour poursuivre ses études puis trouver un travail dans une grande entreprise. Elle gagnait très bien sa vie. Un jour, une de ses amies d’Afrique du Sud l’a contactée pour lui annoncer que l’association Ikhaya Elite avait fermé dû à un manque de moyen et que les artistes se retrouvaient un peu dans la galère. Déjà qu’en Europe il est compliqué d’avoir une vie décente en tant qu’handicapé, en Afrique du Sud, parfois c’est encore pire.

Comme le rêve de ma sœur était de retourner vivre et travailler dans un pays africain, elle a immédiatement pensé à reprendre l’association pour aider ces personnes, sachant qu’elle a toujours souhaité intégrer un aspect social à son travail. Elle a donc décidé de tout quitter et m’a proposé le projet alors que j’étais chargée de projet en ressources humaines à Bordeaux.  Le projet a finalement vraiment commencé en juillet 2016.

 

Comment gérez-vous le projet en Afrique du Sud depuis l’Europe ?

Ma sœur Aminata est partie s’installer là-bas durablement, ayant adoré le pays, avec un job à la clef et a repris l’association en parallèle. N’ayant pas la nationalité sud-africaine, nous avons dû transformer l’association en entreprise sociale. Cela permet aux personnes travaillant avec nous d’avoir un vrai job avec un salaire tous les mois et d’ainsi valoriser leur travail mais aussi leur être, leur handicap ne devant pas être une barrière à l’accès à la vie active. De plus, nous avons modifié le nom de l’association en Ikhaya Mossy. Ikhaya signifie en langue Xhosa, la langue de Nelson Mandela, « chez soi », Mossy signifie « unique », en munukutuba (ou kikongo), une langue congolaise car de parents sénégalais nous sommes nées  au Congo Brazzaville. Cela montre notre propre diversité culturelle.

 

Combien d’artisans travaillent actuellement pour Ikhaya Mossy au sein de votre entreprise sociale ?

Au départ, l’association était composée de 10 personnes. Lorsque nous l’avons transformée, nous avons voulu l’étendre aux personnes venant également de zones économiquement difficiles. Beaucoup de mamans créaient des bijoux, selon l’artisanat transmis par leurs ancêtres, nous leur avons ouvert nos portes. Nous essayons le plus possible d’avoir cette diversité  ethnique, culturelle et africaine au sein de notre équipe, vous pourrez donc y trouver  des Xhosa, des Zulu, des Kenyans, des Zimbabwéens etc… Pour résumer, la force de notre équipe se trouve dans  notre richesse  culturelle. Il y a une soixantaine d’artisans collaborant actuellement avec la marque.

Comment les sourcez-vous ? Vous faites des appels à candidature ?

Ma sœur se déplace énormément dans les villages pour trouver des artisans talentueux. Une personne de notre équipe parle la langue Zulu et l’accompagne à la rencontre de ces personnes, car beaucoup de Sud-Africains ne parlent pas anglais. Il y a aussi cette méfiance à l’égard des étrangers, compte tenu de l’histoire du pays. Lors de l’échange, on essaye de comprendre leur problématique, leur contexte. Les premiers artisans en dehors de ceux d’Ikhaya elite nous les avons rencontrés sur des places de marché en période d’hiver sud Africain. Ce qu’il faut savoir c’est que c’est un secteur qui est fortement lié au tourisme alors quand nous les avons rencontrés ils pouvaient passer des journées sans vente.

 

Qu’est-ce que vous leur proposez exactement ? Une formation ? Une plateforme de ventes ?

Nous proposons à nos artistes une aventure unique. En premier lieu nous retravaillons avec eux les designs dits traditionnels, la qualité du matériel, l’amélioration des fermetures de bijoux etc… Ensuite nous, leur proposons de travailler sur des designs nouveaux issus du fruit de notre imagination. Cela leur permet de sortir de leur zone de confort, d’expérimenter de nouvelles choses et de monter en compétence.  Enfin, nous valorisons leur travail à travers nos réseaux sociaux et notre site internet.

Concrètement, nous travaillons sur deux aspects : le côté traditionnel, car on veut que ces cultures soient connues, véhiculées, mais aussi le côté Ikhaya Mossy pour un résultat plus personnel.

Ras du cou Yika – Crédit photo Ikhaya Mossy

 

Est-ce qu’il est prévu d’étendre ce modèle à d’autres pays ?

C’est prévu. Pour le moment, l’entreprise n’existe que depuis 8 mois, on avance pas à pas. Ma sœur Aminata est une amoureuse de l’Afrique, elle a investi toutes ses économies pour un projet utile. Elle se donne l’objectif de montrer au monde son Afrique, celle qu’elle a redécouverte, celle qui l’anime. L’Afrique aux mille talents, aux mille diversités. Les mamans avec lesquelles on travaille aujourd’hui disent qu’Ikhaya Mossy a changé leur vie, notamment grâce à une rémunération supérieure de 30 à 40% au smic sud-africain. C’est important pour nous de les rémunérer à leur juste valeur. Ce genre de témoignage nous motive à aller plus loin.

On a déjà commencé à travailler sur une possible extension de nos partenariats. On pensait rester sur la région de l’Afrique du sud et de l’est, les pays frontaliers à l’Afrique du Sud.

 

Comment pourrais-tu décrire l’accueil du projet Ikhaya Mossy, entre création et social, ici en Europe ?

Sur le plan médiatique, on a remarqué que les médias mainstream parlent plus de nous que les médias de la diaspora africaine. C’est vraiment dommage. Par exemple, on propose assez souvent des articles sur notre projet. Ils sont souvent publiés sur des plateformes de startup généralistes parce qu’ils attirent beaucoup de lecteurs. Paradoxalement, ces mêmes articles proposés aux médias de la diaspora africaine ne sont pas publiés. En revanche, il arrive que ces mêmes médias reprennent l’article seulement lorsqu’il est publié ailleurs au lieu de prendre les devants et de le publier les premiers, comme si cela donnait de la crédibilité à leur yeux… Ce serait bien que les médias de la diaspora africaine pensent également à valoriser des petites entreprises comme la nôtre, en parallèle de toutes les dénonciations utiles.

 

Ikhaya Mossy existe depuis juillet 2016. Est-ce que vous arrivez à être rentable ?

On a réussi à être rentable dès le départ alors qu’en général ça prend au moins trois ans pour une petite entreprise. C’est beaucoup de travail mais le jeu en vaut la chandelle. Quand on entreprend on a besoin des autres mais il ne faut pas forcément attendre des autres justement. Toujours avoir un plan A, B, C… Si on attend les autres on finit par se décourager…

 

C’est vrai que vous entreprenez dans des secteurs où le cœur de cible est la diaspora africaine. Pourquoi ce manque d’entraide ?

Je me dis juste qu’il y a une théorie et on finit par devenir la preuve de la théorie à force d’y croire. A force de répéter que les Noirs ne s’entraident pas, on finit vraiment par être conditionnés alors qu’à la base ce n’est même pas vrai. C’est dommage.

De notre côté, nous aimons mettre en avant des bloggeuses et d’autres créatrices en proposant notamment nos bijoux gratuitement pour des shootings. Ensuite, nous partageons les photos en indiquant de suivre la marque de vêtements. C’est ainsi que l’on se tire vers le haut.

 

Où se trouvent les clients Ikhaya Mossy ?

99% sont en Occident comme nous vendons sur Internet. Pour capter la clientèle africaine directement, nous avons pensé aux ventes privées, mais il nous faudrait des collaborations, dans un magasin, un salon de coiffure, etc. C’est encore à l’étude !

 

Où est-ce que tu vois Ikhaya Mossy dans 5 ans ?

Nous espérons devenir la référence en matière d’accessoires de mode africaine, fait main. Ikhaya Mossy vend aussi une histoire, nos bijoux faits main qui ont une histoire. Ikhaya est un chez soi, Mossy parce que chaque personne est unique, chaque histoire est unique. Grâce à ces bijoux on a une histoire en commun qui vient de ces artisans qui ont une histoire unique à transmettre.

 

Si tu devais donner un conseil aux jeunes entrepreneurs ?

N’attendez pas, ne vous dites pas que vous n’avez pas d’argent ou pas assez. Préparez bien votre avant-projet, il conditionne le reste. Donnez-vous une vision. Anticipez les contraintes dans votre avant-projet. Autre chose, diversifiez-vous, si vous faites des vêtements avec du wax, trouvez ce qui vous différencie de Ramata Wax, Nanawax ou encore des marques sur Afrikréa. Et aussi apprenez de vos erreurs, soyez en perpétuelle évolution. Gardez votre vision à long terme, ça vous aidera à vous guider et à adapter votre aventure.

Merci à Mariam d’avoir pris le temps de répondre à mes questions !

 

Pour retrouver l’actualité d’Ikhaya Mossy:

Site web : ikhayamossy.com

Facebook : Ikhaya Mossy

Instagram : ikhayamossy

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