La mode inspirée de l’Afrique coûte-t-elle trop cher en Occident ?

Une fois n’est pas coutume, cet article s’adresse principalement à un public issu de la diaspora africaine. Mes excuses par avance pour mes autres lectrices/lecteurs mais poursuivez votre lecture, ceci peut vous intéresser quand même.

Le prix des créations d’inspiration africaine vendues en Occident. Voilà un sujet épineux.
« Les prix sont trop élevés, au bled, tu peux te faire faire une robe pour rien. »
« Les marges pratiquées sont trop importantes, c’est du vol ! »
Combien de fois ai-je entendu ce discours ? N’allons pas plus loin : combien de fois ai-je moi-même tenu ce discours ?

Comme beaucoup d’entre vous, depuis l’enfance je suis éblouie par les tenues de ma mère et des femmes de ma famille, portées lors de fêtes traditionnelles ou au quotidien. Lorsque des marques ont commencé à proposer des créations modernes en wax (petit crop-top, petite jupe ou petite robe dos nue), j’ai montré un grand enthousiasme… sans faire le moindre achat car les prix, je les jugeais simplement prohibitifs.
200 euros pour une robe, 100 euros pour un top, mon hallucination était à son maximum compte-tenu de mes souvenirs du « pays » (robe 20-50 euros avec du tissu de moyenne qualité, sur-mesure sur modèle de magazine). Une robe chez Zara me revenait bien moins chère, voire même une robe d’inspiration wax chez Zara !

Mais ça c’était avant. Entre-temps je n’ai pas gagné au loto, mais j’ai pris un peu de maturité, appris des choses et essayé de comprendre l’industrie de la création textile.

Tout d’abord, une évidence qu’il fait bien de rappeler : la simple copie d’un modèle de magazine ne génère pas le même travail de conception et d’imagination qu’un designer exécute pour créer une pièce. Cette valeur ajoutée justifie donc déjà un prix différent. Une amie styliste avait publié le texte suivant sur son mur il y a quelque temps, texte qui illustre absolument la mesure que l’on doit prendre du travail de conception qui apporte une préciosité à ces produits que l’on achète :

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Nous l’oublions souvent mais créer sa marque, vendre un produit, requiert un investissement financier non négligeable qui se répartit à la fois sur les coûts de production (achat de tissus, paiement de la main d’oeuvre, logistique, loyer de la boutique, etc.), d’administration (enregistrement de l’entreprise, coût du nom de domaine, frais de comptable, d’avocat), mais aussi de marketing (promotion Facebook, campagne de publicité, shooting des lookbooks). Liste non exhaustive. Des frais qui ne sont donc pas engagés lors de notre commande à notre cher et précieux tailleur du quartier au bled. Ces charges entraînent logiquement un coût de revient (coût de production d’un produit) plus important qui appelle lui-même un prix de vente plus conséquent, calculé pour retirer un peu de marge et donc faire des bénéfices. Donc, non, les marques honnêtes ne nous volent pas. Les produits de qualité, même inspirés de nos cultures et de celles de nos parents ne devraient pas être bradés dans nos esprits parce qu’on « connait » mais appréciés pour leur qualité et nous devrions en payer le prix juste, comme nous le faisons si naturellement pour une robe Zara basique à 80 euros ou, pour celles qui ont les moyens, pour une robe Maje à 300 euros, sans nous poser de questions cette fois sur les marges pratiquées (ni même penser à aller les faire copier au pays…).

A cet éclairage, ne froncez plus les sourcils en apercevant les prix des créations inspirées des modes africaines vendues en France et ailleurs, au contraire, soutenez cette production bien souvent tenue par des Africains et des membres de la diaspora africaine elle-même. Supportez ces PME qui naissent et ont besoin de convaincre leur propre communauté, ce qui est primordial avant même de séduire le reste du monde. Pour que les autres voient de la valeur dans ce que l’on possède, il faut commencer à y mettre soi-même de l’importance.

Ceci étant dit, vous me direz, on a beau vouloir soutenir, tout le monde n’a pas le porte-monnaie nécessaire. Heureusement, comme pour la vente de mode mainstream, il y en a pour toutes les bourses dans le marché des créations de mode d’inspiration africaine. D’ailleurs, la plupart des marques de qualité créées en France depuis 4-5 ans (Inyü, LadyHood, OWL Paris pour citer quelques exemples) ont des prix mainstream qui affleurent ceux pratiqués par Zara, H&M and co. Visitez leur eshop, concept store et boutique, vous y trouverez des tops et des jupes parfaites pour cet été et à prix raisonnable.

Et vous, quel prix êtes-vous prêtes à payer pour de la mode d’inspiration africaine vendue en Occident ?

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