Cheveux crépus, wax, formes callipyges : les nouveaux codes de beauté ?

Cheveux crépus, wax à gogo, formes plantureuses…  Les atours et attributs souvent rapportés aux critères de beauté et d’élégance africains, dénigrés hier, sont célébrés aujourd’hui avec fanfare. Arborer son afro, affirmer ses courbes, déambuler en dashiki deviennent du dernier chic. Au point où il faudrait peut-être trouver un nouveau terme (afrhypster ?) pour le définir. L’Afrique serait-elle en train de réaliser un hold-up mode et beauté complètement assumé ?

Fatou N’diaye en by Natacha Baco (crédit photo Black beauty bag), Campagne PlusIsEqual Lane Bryant, Dashiki en vente sur Aliexpress.

Si la femme aux charmes et formes enfantines, aux cheveux longs, lisses et souvent blonds demeure majoritaire sur les podiums des défilés ou dans les pages des magazines, on ne peut pas rester aveugle face à ces autres silhouettes qui s’attribuent une place de plus en plus significative dans l’espace public avec un physique totalement opposé. Que ce soient les cheveux crépus ou les formes callipyges, il ne s’agit pas de mode ici, mais bien de corps et caractéristiques trop longtemps désavoués et niés dans leur beauté. L’importance de cette reconnaissance en devient plus que capitale dans l’expression de ce qui est considéré comme « beau ». Elle gagne en ampleur et dépasse même le seul périmètre des femmes noires lorsque l’on considère que de nombreuses femmes de par le monde, ne collant pas au stéréotype rigoureux de l’esthétisme occidental féminin, bénéficient également de cette représentation diversifiée. En effet, même en Occident, toutes les femmes ne sont pas filiformes avec des cheveux lisses et clairs.

Face à cette révolution en marche depuis quelques années, on peut se demander si les vêtements d’inspiration africaine et notamment ce wax omniprésent participent à la diversification des standards de beauté. La tentative d’insurrection est bien là et s’illustre en renversant la façon que nous avons de nous habiller en univers cosmopolite, réajustant le spectre de ce qui est considéré comme « professionnel » ou « sérieux ». Je lisais dernièrement un post Facebook parmi d’autres du magazine Glamour qui tout en faisant l’apologie du wax, clamait « qu’il y a pas si longtemps la plupart d’entre nous le considérait comme un déguisement »… Si nous mettons de côté les néophytes, cette célébration du wax et consœurs permet également à celles et ceux qui culturellement ont toujours donné toutes leurs lettres de noblesse aux tissus africains de les porter avec plus de liberté et de multiplier le champs des possibles du point de vue stylistique.

Renversement des codes, mais peut-être aussi injection d’idées neuves à une mode mainstream qui de nos jours a tendance à s’essouffler. Je suis par exemple une grande admiratrice de l’allure parisienne, de cette façon de rendre l’élégance naturelle et sans effort à l’aide de basiques de qualité rehaussés par des accessoires et des touches de couleur très clairsemés. Mais il m’arrive d’errer d’un air désespéré dans les magasins sans trouver cette touche de singularité et de couleurs qui n’enlève rien à un blouson en cuir vintage ou un éternel jeans mais au contraire les sublime. En fait, j’ai même l’impression persistante que l’originalité dans la mode mainstream s’affadit pour n’être qu’un ersatz de ce que la haute-couture propose et que les collections H&M, Zara et autres ne sont plus que des répétitions, des copies apathiques à l’exception de la pièce rare – finalement introuvable.
Dans ces circonstances, l’arrivée de créations faites de nouveaux matériaux, arborant des imprimés aussi expressifs et colorés que le sont les imprimés africains est un coup de vent rafraîchissant.
Mais est-ce que cet engouement ne sera qu’une mode, donc passagère, aussi vite adoptée qu’oubliée, sans impact sur l’idée que l’on se fait communément du chic ? Car le réel changement s’inscrit dans la durée, se fait souvent à pas lents et mesurés. Compte-tenu de l’effervescence créative, j’ai bon espoir qu’une empreinte africaine s’inscrive durablement si la cadence et l’inventivité demeurent au rendez-vous.

Ces événements esthétiques assainissent l’atmosphère, non en promouvant une nouvelle beauté que tous doivent adopter mais en prouvant qu’il existe des beautés variées et que toutes se valent et méritent d’être mises sous les feux de la rampe. Le cheveu lisse et les yeux clairs c’est joli, mais tout autant que les boucles et la peau couleur terre de Sienne !
Il en va de même pour la création inspirée de l’Afrique, de ses nombreux pays et cultures. Cette dernière n’a pas vocation à remplacer des codes par les siens mais bien à participer à l’idée d’une esthétique plurielle dont nous nous nourrissons au quotidien pour une élévation commune.

Et vous, qu’en pensez-vous ?

Note: photo couverture, by Natacha Baco, collection Muse que vous pouvez trouver ici

2 Replies to “Cheveux crépus, wax, formes callipyges : les nouveaux codes de beauté ?”

  1. Merci pour ton article Sin. Il est vrai que de plus en plus de femmes africaines célèbrent leur beauté avec leurs propre codes, sans se conformer. Mais j’ai la triste impression que cela vient surtout des Afro-Européennes et des Afro-Américaines, tandis que les Africaines en général boudent encore les cheveux crépus. Je suis actuellement à Dakar et j’ai l’impression que la majorité des femmes se prennent pour des occidentales (perruques et extensions à gogo, blanchissement de la peau. C’est fou) Et notre démarche est encore plus incomprise dans les villages. Quand j’ai enlevé mes tresses avec extension révélant mon big chop bien crépu, tout le monde me regardait comme si j’étais folle, les enfants riaient et trouvaient ça bizarre. Une cousine m’a même dit « c’est drôle, même si vous vivez en Europe vous avez des cheveux de noirs ». En fait beaucoup d’entre eux utilisent le défrisant comme démélant, donc même s’ils n’ont pas les cheveux lisses, lisses, ils ne connaissent pas la vraie texture crépue et c’est le cas des enfants aussi. Vivre ça dans mon village m’a fait réaliser que la blessure est très profonde et que cela mettra beaucoup de temps avant que les Africains eux-mêmes arrêtent de dénigrer leurs propres attributs. Ma théorie est que la prise de conscience s’est faite surtout en Europe et Amérique, car nous sommes davantage confrontés à l’Autre et nous prenons les normes occidentales de plein fouet avec le risque d’être discriminées, nous réagissons donc en réaffirmant qui nous sommes. Alors qu’en Afrique c’est moins le cas, du coup les gens sont moins conscients du danger d’aliénation. Qu’en penses-tu ?

    1. Bonjour Fati !
      Tout d’abord merci pour ton commentaire. Il apporte un point de vue très intéressant qui n’est pas abordé dans l’article. Ce dernier est en effet écrit dans un environnement de diaspora, comme c’est celui que je connais le mieux. Mais en effet, on pourrait s’interroger sur les mécanismes de réappropriation du cheveu crépu en Afrique.
      Je pense tout d’abord que la revendication ne peut pas s’exprimer de la même manière. Se réaffirmer en tant qu’être humain fier de sa culture et de ses caractéristiques n’est pas forcément un réflexe pour quelqu’un qui a grandi dans un pays où tout le monde est noir et partage sa culture. Le terrain à bosser c’est plutôt la vision de la beauté au sein d’une culture, les codes (peau noire mais claire, cheveux défrisés) qu’on y associe mais également le manque d’expertise. Car qu’on se le dise, nos cheveux demandent une certaine technique pour les sublimer et le choix du défrisage est souvent le choix de la facilité plutôt que celui de la détestation de soi 🙂 Quelles solutions alors ? De mon humble avis, peut-être revoir le genre d’égéries qu’on propose dans nos théâtres et films locaux, promouvoir des campagnes contre l’utilisation de produits décapants, mais surtout EDUQUER les filles et les garçons et former plus de coiffeurs/coiffeuses en ce qui concerne les cheveux…

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